Accessibilité web

Editions Eyrolles - Interview auteur : Armony Altinier à propos de son livre Accessibilité web

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Normes et bonnes pratiques pour des sites plus accessibles

Sensibilisée très jeune aux problématiques du handicap et farouchement engagée pour un accès à Internet pour tous, sans discrimination, Armony Altinier est consultante et formatrice en accessibilité du Web au sein de la société ACS Horizons. Dans son livre Accessibilité web, qui devrait devenir incontournable dans la formation de tout professionnel du Web, elle a à coeur d'expliquer tous les tenants et aboutissants de la discipline (En quoi consiste-t-elle ? Qui est concerné ?) et fournit toutes les clés pour décrypter et appliquer les normes. Elle nous donne ici quelques premières pistes, en expliquant ses choix et ses engagements.

 

Entretien avec Armony Altinier

Pour commencer, reprenons l'intitulé de votre 1er chapitre : l'accessibilité du Web, qu'est-ce que c'est ? En quoi le Web peut-il être accessible (ou non) aux personnes handicapées ?

A. A. : L'accessibilité web signifie permettre à tous d'accéder aux contenus et aux fonctionnalités web. Et ce, quelle que soit sa situation et sa façon de naviguer (avec un handicap permanent ou temporaire, navigation au clavier ou à la souris, utilisation d'outils spécifiques...).

Armony Altinier

Comme je le répète tout au long de l'ouvrage, l'accessibilité du Web tient d'abord et avant tout au fait d'y penser.
Et plus vous y pensez tôt, plus ce sera facile à prendre en compte.
En cela, le commanditaire d'un site a déjà une première responsabilité dans le choix du prestataire, dans la façon dont il rédige son cahier des charges, dans le choix des outils.
Puis la conception du site influe également sur l'accessibilité.
Selon la façon dont vous concevez votre site web, votre site sera plus ou moins accessible : cela dépendra de sa structure, avec des titres et des listes, du choix des couleurs, plus ou moins contrastées, ou de l'existence ou non de liens de navigation interne pour aller directement dans les grandes zones de la page, etc.

Et bien sûr, la mise en oeuvre technique est essentielle, avec la réalisation des gabarits HTML/CSS/JavaScript. Si un site est bien pensé, bien structuré, mais que le code utilisé ne correspond pas à la structure visuelle, que le site n'est pas accessible au clavier, que les alternatives aux éléments visuels et sonores n'ont pas été proposées de façon pertinente... les logiciels utilisés par certaines personnes handicapées et qui ne lisent que le code HTML ne sauront pas restituer le contenu correctement.

 

Existe-t-il des normes pour l'accessibilité numérique, comme il en existe pour l'accessibilité dans le bâtiment, par exemple ?

A. A. : Les règles d'accessibilité du Web, en France, sont toutes basées sur les règles internationales d'accessibilité pour les contenus web, les WCAG 2.0, édictées par le consortium W3C.

Ces WCAG 2 ont été déclinées en France selon deux référentiels, avec chacun leur méthodologie propre, qui offrent la possibilité de vérifier si les règles WCAG 2 sont bien respectées. Il s'agit des référentiels AccessiWeb 2.2 et du Référentiel général d'accessibilité pour les administrations (RGAA 2.2.1).

La loi handicap du 11 février 2005 impose dans son article 47 le respect des règles internationales, donc des WCAG. Mais le décret d'application indique que la conformité sera jugée pour les administrations à l'aune du RGAA. AccessiWeb 2.2 assurant une correspondance avec WCAG 2 et le RGAA, nous avons donc le choix entre trois méthodes pour nous assurer de l'accessibilité des contenus web.

Dans le livre, nous préconisons le référentiel AccessiWeb 2.2, notamment parce que c'est le seul qui permette une correspondance avec WCAG 2 et RGAA, ainsi que pour des raisons pédagogiques. Mais les règles sont les mêmes dans leur principe. Libre à chacun de choisir le référentiel qui lui semble le plus parlant.

 

Vous expliquez donc en détail les règles du référentiel AccessiWeb (même si vous évoquez aussi les WCAG 2 et le RGAA). D'autres raisons pour avoir privilégié celui-ci ?

A. A. : Concernant les WCAG 2, il s'agit d'une source incontournable, très précise et très riche, mais très difficile à lire, à comprendre et à utiliser directement sans une grande expérience. Les référentiels cherchent à rendre plus opérables les critères de succès de WCAG 2.

Le référentiel AccessiWeb a plusieurs avantages de mon point de vue. Il est disponible en ligne, avec un glossaire très riche qui permet d'en expliciter les subtilités. Ce que n'offre pas le RGAA, par exemple. Il assure une compatibilité avec les WCAG 2 et le RGAA, travail de correspondance que seul ce référentiel propose.

Il s'appuie sur une large communauté de professionnels qui partage son expérience et évolue quand nécessaire pour coller à la réalité du terrain et corriger les bugs, si nécessaire, tandis que le RGAA a été arrêté par décret et semble figé aujourd'hui, aucune politique de mise à jour n'étant prévue.

Par ailleurs, d'expérience, quand je forme aux deux référentiels AccessiWeb et RGAA, la grande majorité des stagiaires comprennent plus facilement les critères AccessiWeb que les tests RGAA pourtant équivalents. La rédaction et la méthode qui consistent à dire oui ou non à chaque question leur paraît en général plus facile. Mais certains aiment toutefois utiliser les deux en complément.

Enfin, le référentiel AccessiWeb est sous licence libre. On peut donc l'utiliser librement, y compris dans un contexte commercial, comme pour ce livre ou lors d'une formation, ce qu'interdit le RGAA.

 

Si l'on fait un état des lieux du Web aujourd'hui, les contenus sont-ils accessibles ou les sites web inaccessibles sont-ils encore les plus nombreux ?

A. A. : Même s'il n'y a pas d'étude chiffrée, l'évidence reste que les sites sont très majoritairement encore non accessibles, beaucoup de gens ignorant même ce que cela signifie réellement. La bonne nouvelle, c'est que la marge de progression est énorme, et que nous pouvons tous agir pour améliorer le Web et le rendre accessible à tous.

 

Si l'on en croit ce qu'on entend dans les conférences web, il semblerait que l'accessibilité soit tout de même un souci croissant chez les développeurs ?

A. A. : Oui, bien sûr. C'est mon impression également, mais je baigne dans un environnement qui n'est pas forcément très représentatif du Web général, avec des passionnés qui se battent au quotidien pour sensibiliser aux bonnes pratiques, dont l'accessibilité est un fondement.

Malheureusement, tant que dans les écoles, la question de l'accessibilité web ne sera pas au programme, les étudiants seront obligés de se former seuls, en autodidacte. Avec ce livre, j'espère leur faciliter un tout petit peu le travail en offrant une synthèse sur le sujet.

 

Vous êtes très engagée pour l'accessibilité, mais aussi pour le logiciel libre. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, et le lien entre les deux ?

A. A. : Mon engagement pour la liberté est antérieur à ma découverte de l'informatique et à mon implication dans le monde du logiciel libre.

C'est un prolongement naturel, qui consiste à donner à chacun la possibilité de s'émanciper librement grâce à l'informatique et au partage des connaissances, sans être l'otage de politiques commerciales interdisant parfois certains usages et limitant les libertés.

Or, l'autonomie est une composante importante à la fois de la liberté, mais aussi de l'accessibilité.

Être libre de naviguer sur un site web en toute autonomie, sans avoir à demander de l'aide autour de soi, c'est accéder à une liberté parfois perdue dans le monde physique.

Et cela est rendu possible grâce au Web, à condition de respecter certaines règles. Nous espérons avec ce livre donner les clés pour permettre à tous ceux qui voudraient contribuer à libérer le Web de le faire.